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Portrait de Sofia Corradi par Guy Mazzesi de France Italie du Cher

Ce nom ne vous dit peut-être rien ? Pourtant des millions de jeunes lui doivent beaucoup !

Sofia Corradi est née en 1934 à Rome, dans une famille bourgeoise, très cultivée, qui valorisait l’éducation des enfants. C’est au sein de cette famille attachée aux racines italiennes et tournée vers l’international, que Sofia a grandi dans l’après-guerre, dans une ville en pleine reconstruction. Face aux difficultés, ses parents seront toujours ses premiers soutiens.

Sofia effectue avec succès des études de droit à l’universté La Sapienza de Rome. Pour terminer son cursus, elle obtient à 23 ans la prestigieuse bourse Fulbright et part aux Etats-Unis. En 1957/58, elle étudie à la Graduate School of Law de Columbia et y obtient un master en droit comparé.

En 1958, à son retour, voulant valider ses études américaines, une bureaucratie rétrograde lui déclare :

« Mademoiselle, vous vous êtes bien amusée en Amérique, mais maintenant vous devez recommencer vos examens ici. Vos études à l’étranger n’ont aucune valeur légale en Italie« 

Grace à l’aide financière de ses parents, Sofia a pû repasser les examens qu’elle maîtrisait déjà. Mais jamais elle n’oubliera cette humiliation et consacrera toute sa vie à supprimer cette injustice. Des années durant elle se battra pour faire adopter un système d’équivalences de diplômes entre différentes universités. Jamais plus un étudiant ne devra être lésé pour avoir voulu apprendre en dehors de son pays.

Pendant 18 ans, elle se heurte partout au scepticisme. Elle voyage sans relâche et s’engage dans une véritable guerilla bureaucratique. Elle écrit des mémos, rencontre des ministres dans toute l’Europe. Elle s’invite dans des congrès, dans des colloques et toujours elle pose la même question « quand permettrez-vous enfin à nos étudiants de respirer l’air d’une autre université sans les traiter comme des déserteurs ? ».

On lui dit que c’est impossible, que les systèmes éducatifs sont trop différents et que cela coûtera cher. Au fil des années, elle devient la terreur des politiques, des administrations, des recteurs, des autorités, de toutes les personnes qui peuvent changer cette absurdité. Inlassablement, elle se bat. Elle ne demande pas l’aumône, elle veut que les savoirs soient une monnaie unique, échangeable dans toute l’Europe. Peu à peu, l’épuisement change de camp. A force de voir Sofia ne jamais baisser les bras, des décideurs finissent par céder.

En 1986, son projet arrive enfin à la Commission Européenne. Soutenu par la France et l’Espagne, le 17 juin 1987, Jacques Delors, président de la Commission Européenne, adopte officiellement le programme :

European Region Action Scheme for the Mobility of University Students

(Programme d’action de la région européenne pour la mobilité des étudiants universitaires)

Aujourd’hui, avec les 27 États membres de l’Union Européenne, 6 pays associés (Islande, Liechtenstein, Norvège, Turquie, Serbie, Macédoine du Nord) et des accords spécifiques avec des universités dans plus de 150 pays à travers le globe, ce programme a atteint une dimension planétaire. Les étudiants peuvent désormais partir en Asie, en Afrique, en Océanie, au Moyen Orient, en Amérique du Sud et  du Nord, dont les États-Unis évidemment ! De plus, maintenant, au delà des étudiants, les apprentis, les lycéens dans le professionnel, les enseignants, les formateurs, les bénévoles et les jeunes hors cursus scolaire et aussi le monde du sport peuvent en bénéficier.

Ce programme étant perçu comme une réussite de la Commission Européenne, Sofia Corradi est restée longtemps dans l’ombre. Ce n’est qu’en 2016, alors agée de 82 ans, qu’elle reçoit une reconnaissance mondiale lorsque le Roi d’Espagne lui remet le prestigieux Prix européen Charles Quint. Lors de son discours, elle a ému l’assemblée en rappelant que le plus beau résultat pour tous ces jeunes qui avaient pû franchir les frontières pour étudier, n’était pas seulement les diplômes, mais aussi les millions de bébés nés de mariages suite à ces échanges.

Sofia Corradi nous a quitté le 17 octobre 2025, mais elle restera pour toujours, comme l’appelaient affectueusement tous les jeunes :

Mamma Erasmus

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