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L’association du Patrimoine de Saint Germain du Puy vous présente « Les Louées d’Antan »


A travers cet article, nous souhaitons mettre en lumière une pratique ancienne et méconnue, celle des « louées », qui a marqué l’histoire sociale et économique de nos campagnes. En retraçant l’évolution de la domesticité, depuis l’antiquité jusqu’au XXe siècle, nous vous invitons à découvrir les conditions de vie et de travail des domestiques, ainsi que les traditions qui ont façonné leur quotidien. Ce regard sur le passé nous permet de mieux comprendre les racines de notre patrimoine et les transformations sociales qui ont conduit à notre Epoque. 


«Les louées d’antan»

Des formes de domesticité existaient déjà dans l’Antiquité, avec des statuts variés, allant de l’esclavage à des formes de serviteurs libres mais subordonnés, comme on peut le voir dans le droit romain.

Au Moyen Âge, la domesticité était courante. Les seigneurs et les bourgeois aisés employaient des domestiques et des servantes pour s’occuper de leurs maisons.

Sous l’Ancien Régime, le système des « louées » de domestiques était une pratique bien établie, en particulier dans le monde rural, chez la noblesse et la bourgeoisie aisée. Ces « louées » étaient des événements qui se déroulaient lors des assemblées ou foires annuelles ou lors de jours précis, dans les bourgs et les villages :

• la Saint-Jean (24 juin), qui marquait le début de l’été et, surtout, le début des travaux agricoles les plus intenses et les plus longs de l’année. Les propriétaires terriens et les fermiers engageaient à cette date des journaliers et des domestiques pour la saison, notamment pour les fenaisons, les moissons et les battages.

• la Saint-Michel (29 septembre) qui était pour les travaux agricoles importants à l’automne. Il s’agissait notamment du battage des grains qui pouvait durer des mois après la moisson, des semailles d’automne pour les céréales d’hiver, de la récolte des pommes de terre et d’autres légumes, de la préparation des terres comme les labours pour les cultures futures, et de l’entretien général des exploitations.

• la Saint-Martin (11 novembre) qui était pour le travail forestier et le taillage de la vigne. C’était aussi traditionnellement la date d’échéance des baux ruraux (fermage, métayage) ainsi que des contrats de louage de service. C’était le moment où les fermiers et les domestiques pouvaient changer de « place » et s’engager pour une nouvelle année, du 11 novembre au 10 novembre de l’année suivante.

Au XIXe siècle, s’est ajouté le jour de la Nativité de la Vierge Marie (8 septembre) pour les vendanges et le battage des grains. Ce jour-là se tenait une grande louée à Maubranches, commune de Moulins-sur-Yèvre.

Domestiques et servantes, jeunes et moins jeunes gens issus des familles paysannes les plus pauvres, souvent des familles nombreuses, s’y présentaient pour proposer leurs services pour une année entière aux « maîtres » ou aux fermiers. Garçons et filles portaient une fleur ou un épi de blé ou encore une marque distinctive au chapeau ou au corsage pour bien indiquer leur disponibilité. Lors des louées, le recrutement pouvait prendre l’allure d’une foire aux hommes et aux femmes, comportant des scènes pour le moins humiliantes, où le ou la recruté(e) est jaugé(e) puis examiné(e) comme du bétail !

Les contrats étaient généralement verbaux :

Combinpourunlaboureur?

J’dounedeuxcentsfrancsparan.

Oh!benc’estpasassez,j’enveuxaumoinstroiscents…

Eh!bentu saispasmongas, onvacouper la pouèreen deux.J’tedounedeux cent

cinquantefrancsparanpourv’nircheumoi.

entendu,ontope!

Ils engageaient l’employé à vivre et à travailler chez son maître pendant un an. Le travail à réaliser était généralement pénible, avec de longues journées de travail allant jusqu’à 15-16 heures par jour, peu de temps libre avec seulement un dimanche sur deux, par exemple et des tâches souvent exténuantes, notamment pour les ouvriers agricoles et les « bonnes à tout faire ». Ils étaient logés, nourris, blanchis mais leurs conditions de vie étaient précaires. Ils dormaient souvent dans des combles non chauffés ni aérés, ou près des animaux dans les écuries ou étables. Ils recevaient un salaire, souvent faible soit en argent soit en nature (comme des paires de sabots ou quelques mètres de toile pour les servantes). Les salaires variaient en fonction du sexe et du poste occupé (par exemple, un charretier gagnait plus qu’une servante).

Le statut de domestique était considéré comme étant en bas de l’échelle sociale. Bien qu’ils ne soient pas des esclaves, les domestiques étaient juridiquement considérés comme des mineurs et devaient une obéissance totale à leur maître, qui pouvait même les représenter en justice. Il n’existait pas de protection légale formelle pour les domestiques. La domesticité était très hiérarchisée, surtout dans les grandes maisons nobles. On y trouvait des valets de chambre, des cuisiniers, des cochers, des précepteurs, mais aussi la « basse domesticité » avec les « bonnes à tout faire ».

Au XIXe siècle, les louées ont été concurrencées par un autre procédé de recrutement. Des domestiques

 pouvaient aussi être embauchés par l’intermédiaire d’agences de placement, et les contrats, bien que souvent encore verbaux, étaient de plus en plus encadrés par la loi. Le Code civil de 1804 a, par exemple, encadré le « louage des domestiques et ouvriers ». La louée va devenir de plus en plus réglementée autant dans l’intérêt des maîtres se plaignant de l’infidélité de leurs domestiques que dans l’intérêt de ces derniers, se plaignant, eux, du non-respect des engagements de leur maîtres à les traiter et payer comme convenu tacitement le jour de la louée.

Au XIXe siècle, l’exode des jeunes des campagnes vers les villes a augmenté l’offre de main- d’œuvre domestique, surtout féminine. Les jeunes filles partaient pour la ville dans l’espoir d’une vie meilleure, et le travail domestique était souvent leur seule option d’emploi rémunéré sans qualification.

Le « louage » s’est adapté à l’industrialisation. Les ouvriers qualifiés ou non étaient embauchés par un « maître » ou un entrepreneur pour une durée déterminée (souvent une année). Un jeune homme était « loué » à un maître artisan pour apprendre un métier (menuisier, tailleur, forgeron, etc.). L’apprentissage était un contrat qui engageait l’ouvrier à servir pendant plusieurs années en échange de l’acquisition d’un savoir-faire, c’est le principe du compagnonnage. L’essor des grandes infrastructures au XIXe siècle (chemins de fer, canaux, travaux d’urbanisme comme ceux d’Haussmann à Paris) a nécessité une main-d’œuvre masculine considérable comme les maçons de la Creuse. Ces hommes, souvent migrants saisonniers, étaient recrutés par des entrepreneurs pour des travaux colossaux, et leurs contrats de travail s’apparentaient à des formes de « louage » pour la durée d’un chantier. 

Au XXe siècle Les « louées » ont persisté dans les régions agricoles traditionnelles jusqu’après la Seconde Guerre mondiale. La louée existe en Berry jusqu’à la fin des années 1950. On y recrute alors encore les laboureurs et les fameux bricolins qui soignent les bêtes dans les grandes fermes de la Champagne berrichonne. 

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