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France Italie du Cher

Les umarells des cuisines italiennes aux chantiers berrichons.

Si vous étudiez l’italien, on ne vous apprendra pas le mot « umarell », ni le mot « zdaura ». C’est normal, ce ne sont pas des termes italiens, mais des vocables issus du dialecte romagnol. Pourtant ils sont passés dans le langage courant et ont même fait leur entrée dans les dictionnaires.

La zdaura, c’est la maîtresse de maison. Souvent elle est représentée dans sa cuisine avec un tablier blanc et son « mattarello » (rouleau à patisserie). Elle commande avec autorité et ne se laisse jamais marcher sur les pieds, surtout quand elle fait des pâtes. Dans l’imaginaire populaire, son mari, l’umarell, est un petit homme frêle, à la retraite. Quand la patronne arrive, le rouleau à la main, il vaut mieux pour lui ne pas traîner dans ses jambes et quitter la maison. Une fois dehors, notre umarell erre dans les rues, jusqu’au moment où il croise un chantier urbain. Là, il s’arrête, les mains croisées dans le dos, il regarde, s’intéresse, pose des questions, critique et fait des suggestions. C’est un véritable inspecteur des travaux. Et voilà, comment en Italie, l’umarell est devenu un véritable phénomène culturel, symbole d’une curiosité paisible (et parfois agaçante) pour l’urbanisme.

L’idée a germé d’utiliser ce savoir-faire. En 2015, la ville de Riccione a alloué un budget de 11 000 € de salaire aux umarells pour superviser les chantiers, compter les camions, vérifier la conformité des matériaux livrés, se prémunir des vols, etc. A Villasanta, en Lombardie, pour pallier le sous-effectif municipal, la mairie recrute ces retraités comme des « sentinelles » de la ville qui arpentent les rues et prodiguent leurs savants conseils. A Bari, la commune en a parrainé une trentaine pour contrôler les ouvriers d’un chantier. La chaîne de restauration Burger King les a également embauchés pour une campagne de marketing. Lors de la construction d’un nouveau restaurant, McDonald’s a posé des panneaux transparents avec une inscription invitant les umarells à surveiller l’avancée des travaux. Certaines mairies installent dans les chantiers des palissades avec des fenêtres pour que les retraités puissent observer les travaux en toute sécurité !

L’umarell n’a pas de frontières, il s’exporte. En Espagne, les ouvriers de grands travaux, déplacent des bancs pour que les « mirónes » (les regardeurs) puissent s’asseoir confortablement. Jusqu’en Suède, à Kariskoa, la municipalité a fait appel à des retraités pour surveiller les chantiers de construction

Pour l’umarell, il n’y a pas de limites.

Même le confinement ne les a pas arrêtés. Ne pouvant sortir et voir les chantiers, la photo d’un umarell, debout les mains derrière le dos, regardant son lave-vaisselle a fait fureur en Italie !

A Bologne, une place a été baptisée « Piazzetta degli Umarelli  » (place des umarells) et la ville de San Lazzaro décerne annuellement le prix « Umarell de l’année » à un résident local.

La revue pour enfants Topolino (Mickey) a aussi consacré un numéro à Mickey avec son « petit chien retraité », pour surveiller un chantier.

Un « Manuel de l’Umarell » a été créé pour apprendre aux jeunes comment devenir un bon observateur une fois à la retraite !

Pour le travail dans les bureaux, un designer a créé une figurine représentant un petit vieux, les mains derrière le dos : « l’umarell surveille tes fichiers numériques ».

Pour les smartphones il a même existé une application qui permettait de géolocaliser les chantiers en cours dans les grandes villes italiennes. Chaque utilisateur pouvait la mettre à jour en temps réel : « beaucoup d’activité aujourd’hui », « pelle mécanique en marche », « pas d’ouvriers, passez votre chemin », etc.

Si vous êtes retraité, que vous n’avez peur, ni d’un soleil de plomb, ni du brouillard, ni de la pluie. Si vous aimez observer le travail des autres en fronçant les sourcils. Si vous aimez poser des questions et donner des conseils non sollicités. Si vous êtes spécialiste de tout, en particulier du ciment et du béton. Si vous pensez « De mon temps, on faisait ça différemment « . Si vous n’avez pas peur de rester des heures entières debout les mains croisées derrière le dos. Alors préparez-vous ! D’ici 2028, lorsque Bourges deviendra la capitale européenne de la Culture, la région aura certainement besoin pour ses futurs chantiers de nos :

umarells berrichons

Par Guy Mazzesi de l’association France Italie du Cher.

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